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De nos jours, l'agriculture utilise un large spectre de produits phytosanitaires

dans le but de contrôler les organismes pathogènes (bactéries, champignons, virus et ravageurs). Cette pratique est de plus en plus remise en question non seulement par les écologistes, mais également par les professionnels du monde agricole (organismes publics de recherche, centres techniques, conseillers...), ainsi que par les acteurs de terrain (apiculteurs). En effet, le déclin actuel dans le nombre et la biodiversité des pollinisateurs, et particulièrement les colonies d'abeilles, a été reporté dans de nombreuses régions du globe. En cause, différents virus, pathologies (nosémose), et produits phytosanitaires. Cependant, il semblerait que ce déclin soit davantage dû à une combinaison de plusieurs de ces différents agents. Pour tenter de réduire l'impact des pratiques agricoles axées sous l'utilisation de produits phytosanitaires, la promotion de la protection intégrée des cultures (lutte qui ne supprime pas totalement le recours aux produits phytosanitaires, mais qui en réduit fortement l'utilisation, après avoir mis en œuvre d'autres techniques comme la lutte biologique par exemple) se développe de plus en plus. Ainsi, la lutte biologique, peut utiliser des agents microbiens (virus, bactéries ou champignons) antagonistes, parasites ou compétiteurs d'un agent pathogène donné. Pour illustrer un exemple d'itinéraire technique en protection intégrée des cultures, on peut utiliser en association des spores de champignon qui vont être parasites d'insecte pathogène pour une culture donnée, avec un insecticide. Les deux éléments agissent en synergie, et permettent de réduire les doses d'insecticides employées.

L'Imidaclopride (néonicotinoïde) est un insecticide très utilisé en agriculture, et qui fonctionne parfaitement dans ce type d'association, et qui permet de lutter contre les termites, thrips et certaines fourmis. Il est aussi intéressant de noter que l'imidacloprid a longtemps été suspecté d'être à l'origine de pertes de colonies d'abeilles (fort pourcentage de résidus de l'insecticide retrouvé dans les ruches, le miel et les abeilles). D'un autre côté, la nosémose causée par une microsporidie (Nosema sp.) est également associé avec de forts déclins dans les colonies d'abeilles aux Etats-Unis et en Espagne.

La question d'une combinaison de l'action néfaste de deux facteurs (insecticide/nosémose) pour expliquer la mortalité excessive des abeilles se pose au sein de certains groupes de recherche. Ainsi, des chercheurs ont testé l'effet combiné de ces deux éléments à la fois sur des abeilles individuelles, mais également sur des colonies. Les paramètres retenus pour l'étude correspondent à la mortalité individuelle, la demande énergétique (étude de la consommation en saccharose), l'immunité individuelle (test du comportement de certaines enzymes face à la combinaison des deux effets) et l'immunité sociale (idem). Les résultats de cette étude ont montré que l'association des deux agents (Imidaclopride et Nosema sp.) augmentent significativement la mortalité des abeilles, et ce, pour différentes doses d'Imidaclopride testées. D'autre part, il est important de noter que l'effet de ces deux agents multiplie par deux la mortalité des abeilles en comparaison avec l'effet seul d'un des deux agents. De la même manière, la consommation en sacchorose chez les abeilles augmente fortement suite à l'application des deux agents testés. Par ailleurs, les auteurs ont également proposé un effet inhibiteur possible de l'Imidaclopride sur les spores de Nosema sp.

En ce qui concerne la combinaison des deux agents sur l'immunité individuelle de chaque abeille, aucun effet particulier n'a été observé, en comparaison avec des abeilles non traitées. Pour l'immunité sociale, la combinaison de l'insecticide et de Nosema sp provoque une immunosuppression, en raison d'une diminution significative de l'activité d'une enzyme responsable de la synthèse de produits antiseptiques au niveau des larves et du miel, produit qui contribue à la stérilisation de la nourriture de la colonie et à la prévention des maladies. Cette diminution d'activité enzymatique est également corrélée à une diminution de la taille des glandes hypopharyngées, site principal de production de cettte enzyme. Pour pallier à cela, les abeilles peuvent procéder au recrutement massif d'abeilles spécialisées dans certaines tâches (collecte de nourriture par exemple), ce qui peut handicaper fortement la colonie. Par ailleurs, les auteurs ont également proposé un effet inhibiteur possible de l'Imidaclopride sur les spores de Nosema sp.

captureEnfin, bien que les ruches soient exposées à des doses sub-létales d'Imidaclopride, il semble que le parasitisme crée par Nosema sp, agent responsable de l'augmentation des besoins trophiques de l'abeille, augmente cruellement l'exposition des abeilles aux contaminations par l'insecticide, et donc à l'augmentation de la mortalité de la colonie.

L'ensemble de ces résultats reste cependant fortement dépendant du fond génétique de chacune de ces colonies. Ces premiers éléments de réponse quant à la mortalité accrue des abeilles depuis quelques années encouragent les chercheurs à prendre en compte dans leurs études non seulement un seul facteur mais la combinaison de plusieurs facteurs sur la mortalité des abeilles. Il est à présent envisagé de renouveler ces tests sur d'autres pollinisateurs dont la population décline, comme les bourdons par exemple, qui montrent une sensibilité aux produits phytosanitaires similaire à celle des abeilles, et qui sont également susceptibles d'être infestés par Nosema sp.

 

 

 

Référence :

Interaction between Nosema microspores and a neonicotinoïd weaken honeybees (Apis mellifera).

Alaux. C et al.

Abeilles et insecticides : une clef du mystère

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