Après les effets nocifs des insecticides et herbicides utilisés dans l’agriculture, des chercheurs dénoncent dans des produits, les "SDHI", qui empêchent le développement des champignons en bloquant leur respiration. Passant dans la chaîne alimentaire, ils pourraient affecter gravement notre santé.

Des fongicides dangereux ? Les lanceurs d'alerte vont être entendus

Les questions d’environnement n’ont pas été abordées hier soir par les intervieweurs d’Emmanuel Macron et pourtant que de dossiers sur la table! Nous avons tous entendu parler ces derniers mois, des dangers pour l'environnement et la santé humaine des pesticides et autres herbicides, tous affublés de noms barbares qui nous permettent de les retenir plus facilement, ces fameux glyphosates, néonicotinoïdes ou fipronil, voici venir une autre catégorie de poisons, si l'on en croit certains chercheurs, les fongicides, qui visent à éliminer les champignons et moisissures en agriculture ou sur les pelouses.

L'utilisation massive des SDHI

Ce matin Libération publie une étude alarmiste d'un grand nombre de chercheurs, cancérologues et autres toxicologues nous alertant sur l'utilisation massive de ces produits dénommés SDHI pour inhibiteurs de la succinate déshydrogénase – je resterai donc sur l'acronyme SDHI – qui finissent dans la terre puis dans les eaux, puis dans la chaine alimentaire animale et humaine. Alors comment fonctionnent-ils ces SDHI ? Ils visent à bloquer une étape clé de la respiration des champignons, celle assurée par la succinate déshydrogénase. Or, expliquent nos chercheurs dans Libé, les cellules de tous les êtres vivants respirent. Tous. Depuis les micro-organismes, les champignons, les plantes, les animaux, et jusqu'aux hommes. Ce processus essentiel à la vie est rendu possible grâce à la présence dans chaque cellule de véritables usines à énergie, les mitochondries, qui jouent un rôle fondamental en libérant l'énergie contenue dans nos aliments sous forme de carburant et de chaleur à travers la respiration cellulaire. Cette respiration cellulaire est assurée par un ensemble d'enzymes qui agissent ensemble pour assurer une suite de réactions biochimiques, et si l'une de ces enzymes est défectueuse, la respiration des cellules se fait moins bien et cela peut conduire chez l'homme à l'émergence de nombreuse maladies dont certaines très graves. Ces mutations peuvent être à l'origine d'encéphalopathies chez de jeunes enfants, ou entraîner la formation de tumeurs du système nerveux, elles prédisposent aussi à certains cancers du rein ou du système digestif, désolée de plomber l'ambiance dès le lundi matin après un week-end aux allures guerrières. 

Les molécules fongicides jamais sérieusement étudiées

Un des signataires du texte, Pierre Rustin, directeur de recherche au CNRS nous a raconté être tombé sur le sujet par hasard, ce qui est encore plus flippant. Ce généticien, qui travaille depuis quarante ans sur les maladies mitochondriales s'étonne et même déplore que la toxicité sur le long terme pour l'homme de ces molécules fongicides n'ait jamais été sérieusement étudiées. D'où cet appel lancé dans Libération à suspendre l'utilisation de ces SDHI tant qu'une véritable estimation des dangers et des risques n'aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels distribuant ces composés et des agences ayant donné des autorisations de mise sur le marché. Il est aujourd'hui très difficile, disent nos chercheurs, d'accéder aux informations ayant donné lieu aux autorisations de mise sur le marché et, à notre connaissance, préviennent-ils, seuls quelques tests sur la toxicité chez l'humain ont été réalisés par les firmes elles-même. Le pire, nous raconte notre spécialiste, Coralie Schaub, qui a essayé d'expertiser le texte de ces chercheurs, c'est que l'Anses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, et l'Inra, l'Institut national de recherche agronomique, remarquent tous deux que les champignons et moisissures commencent à développer des résistances aux SDHI. Ce qui signifierait que non seulement ces fongicides sont potentiellement dangereux pour la santé humaine mais qu'en plus ils deviennent inefficaces...

L’usage des SDHI s’est développé depuis 2012 en France, notamment sur le blé et l'orge.

Il y a trois jours, un collectif de huit médecins et scientifiques tirait la sonnette d’alarme sur une nouvelle classe de fongicides, les SDHI, très utilisés en agriculture depuis quelques années. L’Anses (agence nationale de sécurité sanitaire) vient d’annoncer qu’elle va finalement auditionner ces lanceurs d’alerte.

L’alerte a été lancée dans une tribune publiée, le 16 avril dans Libération, par un collectif de huit cancérologues, médecins, toxicologues ou chercheurs membres de l’Inserm, du CNRS, de l’Université ou de l’Inra.

Ils appellent à « suspendre » l’utilisation des SDHI (1), « tant qu’une estimation des dangers et des risques n’aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels ».

Ces fongicides empêchent la « respiration » (les échanges membranaires) des cellules des champignons qui attaquent les cultures en bloquant une enzyme, la SDH. Or, le même effet est constaté sur certains mammifères et un fort soupçon existe quant au danger pour l’homme.

Depuis la fin des années 1960

« Aucune étude n’a été réalisée sur les conséquences des SDHI sur la santé humaine, ni par les industriels ni par aucun laboratoire public », précise Laurence Huc, chercheuse en toxicologie alimentaire au laboratoire ToxAlim de l’Inra et signataire de la tribune. Les SDHI sont au catalogue de la plupart des grands groupes de l’agrochimie (BASF, Syngenta, Bayer…).

« Mais nous avons observé que les SDHI inhibent la respiration des cellules parfois cent fois plus sur d’autres espèces vivantes que chez les champignons. » Des études sur des rats, réalisées par les industriels eux-mêmes, ont d’ailleurs établi « une forte hépatotoxicité (qui provoque des dommages au foie) et des perturbations sur la thyroïde ».

Il est de plus prouvé, affirment les scientifiques, que, chez l’homme, les SDHI entraînent une mutation génétique de certains composants des cellules. Cette mutation cause elle-même des encéphalopathies (maladies du cerveau) chez l’enfant, des tumeurs du système nerveux et prédispose à des cancers du rein ou du système digestif. Ceci a été observé par des médecins des hôpitaux parisiens Necker et Georges-Pompidou, ainsi que par une équipe américaine.

L’Anses auditionnera le collectif

Les premières SDHI sont présentes marginalement en France depuis la fin des années 1960. Anne-Sophie Walker, de l’unité Bioger de l’Inra, explique que « c’est la deuxième génération, principalement la classe des pyrazoles, homologués dans les années 2010, qui est aujourd’hui utilisée largement en fruits, légumes, céréales. » C’est ainsi que 78 % des surfaces traitées en blé tendre et 80 % en orge d’hiver et de printemps le sont avec des SDHI, selon les chiffres d’Arvalis – Institut du végétal sur l’année 2017. C’est également le cas de pelouses de golf.

« Nous avons alerté l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) puis proposé un projet d’évaluation des SDHI, explique Laurence Huc. Mais comme ces produits ne sont utilisés en masse que depuis 2012, en l’absence de données épidémiologiques qui prennent plusieurs années, nous n’avons pas réussi à susciter un intérêt de leur part. Il est pour nous éthiquement discutable d’attendre plusieurs décennies que ces molécules soient interdites. »

Trois jours après la publication dans Libération, l’Anses a indiqué le 18 avril qu’elle avait déjà « ouvert ses dossiers d’évaluation au principal auteur de l’alerte en novembre ». Mais que « conformément à ses principes de traitement des alertes, l’Agence constitue un groupe d’experts dédié qui sera chargé d’auditionner les chercheurs auteurs de l’alerte, et d’examiner les éléments évoqués au regard de la littérature scientifique et des données issues de la phytopharmacovigilance. »

Elle rappelle cependant que « comme l’ensemble des substances actives phytopharmaceutiques, les SDHI ont fait l’objet, avant leur approbation au niveau européen et la mise sur le marché par les Etats membres des produits les contenant, d’une évaluation de leur toxicité pour les mammifères (dont génotoxicité et cancérogénicité), ainsi que des risques potentiels que présentent leurs usages. »

(1) Inhibiteurs de la succinate déshydrogénase.

Romain Quertal Ouest France

L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) met en place un groupe d'experts dédié à l'examen des fongicides inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHI) utilisés en agriculture. Cette décision fait suite à l'alerte d'un collectif de chercheurs et médecins, lundi 16 avril 2018, sur les risques sur la santé que représentent ces fongicides.

L'agence signale dans un communiqué avoir été contactée en novembre dernier "par le principal auteur" de l'alerte et indique lui "[avoir] ouvert ses dossiers d'évaluation de la toxicité de ces produits afin d'échanger sur toute donnée nouvelle".

"Conformément à ses principes de traitement des alertes, l'Agence constitue un groupe d'experts dédié qui sera chargé d'auditionner les chercheurs auteurs de l'alerte, et d'examiner les éléments évoqués au regard de la littérature scientifique et des données issues de la phytopharmacovigilance" déclare l'Anses. Il s'agit de "prendre en compte l'ensemble des données scientifiques disponibles sur ce sujet et notamment examiner sans délai les éléments évoqués par les scientifiques lanceurs d'alerte", indique-t-elle.

Ce travail aura pour objectif d'évaluer si des éléments nouveaux doivent être portés au niveau européen, précise l'Agence et, "si nécessaire, de prendre toute mesure de gestion des risques qui apparaitrait appropriée".

En outre, l'Anses rappelle que "comme l'ensemble des substances actives phytopharmaceutiques, les SDHI ont fait l'objet, (…) d'une évaluation de leur toxicité pour les mammifères" avant leur approbation européenne de mise sur le marché.

Fanny Rousset Actu Environnement

 

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