La Rochelle : les apiculteurs manifestent contre l’agrochimie

Publié le . Mis à jour par Alain Babaud.

 

La Rochelle : les apiculteurs manifestent contre l’agrochimie
Environ 35 manifestants, ce lundi matin, aux portes de la Direction départementale de la protection des populations.
Xavier Leoty

Les taux de mortalité dans les ruches, anormalement élevés cet hiver, ont amené les apiculteurs à interpeller les services de l’Etat ce lundi.

Les 215 adhérents du Groupement de défense sanitaire apicole et de la Fédération apicole de Charente-Maritime étaient appelés à se rassembler à La Rochelle, ce lundi matin, pour protester contre les dégâts sur les cheptels liés à l’emploi, pour les cultures, de produits issus de la biochimie. La mortalité des abeilles a en effet été très élevée durant l’hiver.

Environ 35 apiculteurs du département ont répondu à l’appel et sont venus en vêtement de travail sous les fenêtres de la Direction départementale pour la protection des populations (DDTM).


Un problème national

La DDTM est l’interlocutrice administrative des apiculteurs. Mais ces derniers lui reprochent de ne pas avoir le personnel qualifié pour traiter des questions apicoles et de ne pas faire les analyses qui permettrait de mettre en évidence que les produits chimiques tels que que le Gaucho sont à l’origine du taux anormalement élevé de mortalité dans les ruches.

Peu avant 11 heures, les apiculteurs ont été reçus en délégation. Mais le problème est national et les apiculteurs se sont déjà mobilisés de la même façon, ces dernières semaines, en Bretagne et en Dordogne.

Quel est le constat actuellement concernant la mortalité des ruches ?

Jean-François Prosper. Il y a deux types de mortalité, chronique et aiguë. Pour vous donner un exemple de mortalité aiguë, il y a une dizaine de jours, un agriculteur a traité pendant la fin de la floraison du colza, contrairement au protocole. Un détergent à base de produits pétroliers a été pulvérisé sur les fleurs. Il a tué les butineuses et les jeunes abeilles dans les ruches ne pouvaient prendre le relais. L’équilibre a été rompu. Résultat, 30 ruches sont mortes

Quels sont les organismes qui viennent constater les dégâts ?

C’est la direction départementale de la protection des populations (DDPP). Or, l’inspecteur n’est pas spécialisé dans l’apiculture. A son arrivée, il y avait 3 000 abeilles, il trouvait que c’était beaucoup sauf qu’en avril, elles étaient 50 000 ! Un échantillon d’abeille a été analysé à la recherche de maladie. N’en ayant pas trouvé, ils nous accusent de ne pas prendre soin de nos abeilles. Or nous savons que les pesticides sont en cause. Ils tuent les abeilles au stade larvaire.

Vous accusez en particulier le Gaucho, un insecticide.

Il est très difficile à détecter. Après analyse de cadavres d’abeille, on ne retrouve rien car le Gaucho se métabolise en neuf molécules dont l’une d’elles est très dangereuse. C’est un chercheur du CNRS, Jean-Marc Bonmatin qui l’a mis en évidence en 1995, un an après la mise en service du Gaucho. Ce qui est incroyable c’est que les abeilles des villes sont en meilleure santé que les abeilles des campagnes !

Qu’en est-il de la mortalité chronique cette fois ?

Elle est insidieuse car les abeilles meurent à des stades de plus en plus jeunes en consommant de la nourriture polluée. Elles ont besoin d’eau, boivent la rosée du matin qui est déjà contaminée. Elles nourrissent à leur tour les larves qui sont déjà polluées dans l’œuf. Le monde agricole, arboricole, viticole et le maraîchage sont en cause. Il y a quelques années, on pensait pouvoir travailler avec eux mais nous sommes perçus comme les empêcheurs de tourner en rond. Tous les insectes pollinisateurs sont en danger. Alors que l’apiculture est le premier maillon de la chaîne, nous sommes considérés comme les derniers. C’est logique dans la mesure où nous ne faisons pas travailler les lobbys.

C’est ce qui explique cette non prise de conscience des autorités ?

Ils se contentent de chiffres. Face à la mortalité, les apiculteurs réussissent à refaire les cheptels, donc sur le papier les chiffres sont stables. Comme pour une bouture, on prend des cadres d’œufs, du miel et les abeilles élèvent une reine. Elles se sentent très vite en danger et réagissent pour la survie. Le problème est que pendant que nous nous battons pour redonner vie à nos ruches, nous ne pouvons pas produire de miel qui est notre seule source de revenus. Je suis très pessimiste sur l’avenir de cette profession. Dans les années 80, j’ai acheté 20 ruches et à la fin de l’année, j’en avais 100. Comment ne pas incriminer les pesticides et insecticides. Ils sont là pour tuer et il est évident qu’à petit feu ces produits tuent les hommes également. S’il n’y a plus d’apiculteurs, il n’y a plus d’abeilles et sans elles et leur fonction de pollinisatrices, la race humaine est condamnée. Elles existent depuis 110 millions d’années et les hommes vont les faire disparaître en 50 ans.
 

"Nous voulons être pris au sérieux"

À force d’alerter sans être pris au sérieux, les apiculteurs n’ont plus que la solution de manifester pour attirer l’attention sur le problème de la mortalité des ruches. À l’appel de deux structures, le Groupement de défense sanitaire apicole (GDSA 17) et la Fédération apicole de Charente-Maritime qui représentent 250 adhérents, un regroupement est prévu lundi, à 10 heures.

Les professionnels ont choisi les locaux de la Direction départementale de la protection des personnes à laquelle ils reprochent de ne pas former ses inspecteurs sur le problème spécifique des abeilles. Parmi les autres revendications, ils demandent une modification du protocole d’intervention sur les mortalités. Autre gros point de mécontentement, les apiculteurs demandent à ce que leurs plaintes pour non-respect des traitements par pesticides soient mieux relayées.

"Actuellement, quand nous constatons une infraction d’agriculteur, personne ne se déplace. Ni les gendarmes, ni les huissiers, ni les élus, regrette Jean-François Prosper. Il faut plus de réactivité, des prélèvements d’échantillons et des visites de contrôle plus régulières."

Enfin, les apiculteurs demanderont à être indemnisés sur les mortalités aiguës et chroniques depuis la 1re interdiction du Gaucho en 1999. Les professionnels ont estimé leurs pertes à 156 400 euros par exploitation pour 19 ans de préjudices. « Aujourd’hui, on ne peut plus vivre de sa production de miel, reprend l’apiculteur de Beurlay. » Il y a 15 ans, la production totale de miel en France était de 40 000 tonnes, elle est aujourd’hui de 10 000 tonnes.

La manifestation se fera dans le calme mais les professionnels promettent une action symbolique et espèrent être reçus par la direction.

La Rochelle : les apiculteurs manifestent ce lundi matin

Publié le . Mis à jour par SudOuest.fr La Rochelle.
La Rochelle : les apiculteurs manifestent ce lundi matin
Les professionnels promettent une action symbolique ce lundi à La Rochelle.
AFP (archives)

Les apiculteurs de Charente-Maritime manifestent ce lundi matin à La Rochelle pour attirer l’attention de l’État sur la mortalité croissante des abeilles.

À l’appel de deux structures, le Groupement de défense sanitaire apicole (GDSA 17) et la Fédération apicole de Charente-Maritime, les apiculteurs de la Charente-Maritime manifestent ce lundi matin devant la Direction départementale de la protection des populations à La Rochelle pour attirer l’attention de l’État sur la mortalité croissante des abeilles.

>> A lire aussi : Pourquoi les apiculteurs de Charente-Maritime sont vent debout

Les professionnels reprochent à la Direction départementale de la protection des personnes de ne pas former ses inspecteurs sur le problème spécifique des abeilles. Parmi les autres revendications, ils demandent une modification du protocole d’intervention sur les mortalités.

Une action symbolique

Autre gros point de mécontentement, les apiculteurs demandent à ce que leurs plaintes pour non-respect des traitements par pesticides soient mieux relayées. Enfin, les apiculteurs demanderont à être indemnisés sur les mortalités aiguës et chroniques depuis la première interdiction du Gaucho (insecticide) en 1999. 

Les professionnels promettent une action symbolique ce lundi et espèrent être reçus par la direction.

Charente-Maritime : les apiculteurs sont vent debout

Publié le par Nathalie Daury-Pain.
Charente-Maritime : les apiculteurs sont vent debout
Jean-François est installé depuis 30 ans comme apiculteur à Beurlay. Derrière lui, les cadres des ruches mortes.
Romuald Auge
avant-première

Face à la mortalité croissante de leurs ruches, les apiculteurs ne cessent de tirer la sonnette d’alarme. Peu entendus, ils manifesteront lundi.

En l’espace d’un hiver, Jean-François Prosper, apiculteur à Beurlay a perdu 74 % de ses abeilles. Un de ses collègues déplore la perte de 400 ruches sur un total de 500. Des chiffres qui donnent le tournis. En cause, l’usage abusif des pesticides.

Quel est le constat actuellement concernant la mortalité des ruches ?

Jean-François Prosper. Il y a deux types de mortalité, chronique et aiguë. Pour vous donner un exemple de mortalité aiguë, il y a une dizaine de jours, un agriculteur a traité pendant la fin de la floraison du colza, contrairement au protocole. Un détergent à base de produits pétroliers a été pulvérisé sur les fleurs. Il a tué les butineuses et les jeunes abeilles dans les ruches ne pouvaient prendre le relais. L’équilibre a été rompu. Résultat, 30 ruches sont mortes.

La rédaction vous conseille

Quels sont les organismes qui viennent constater les dégâts ?

C’est la direction départementale de la protection des populations (DDPP). Or, l’inspecteur n’est pas spécialisé dans l’apiculture. A son arrivée, il y avait 3 000 abeilles, il trouvait que c’était beaucoup sauf qu’en avril, elles étaient 50 000 ! Un échantillon d’abeille a été analysé à la recherche de maladie. N’en ayant pas trouvé, ils nous accusent de ne pas prendre soin de nos abeilles. Or nous savons que les pesticides sont en cause. Ils tuent les abeilles au stade larvaire.

Vous accusez en particulier le Gaucho, un insecticide.

Il est très difficile à détecter. Après analyse de cadavres d’abeille, on ne retrouve rien car le Gaucho se métabolise en neuf molécules dont l’une d’elles est très dangereuse. C’est un chercheur du CNRS, Jean-Marc Bonmatin qui l’a mis en évidence en 1995, un an après la mise en service du Gaucho. Ce qui est incroyable c’est que les abeilles des villes sont en meilleure santé que les abeilles des campagnes !

Qu’en est-il de la mortalité chronique cette fois ?

Elle est insidieuse car les abeilles meurent à des stades de plus en plus jeunes en consommant de la nourriture polluée. Elles ont besoin d’eau, boivent la rosée du matin qui est déjà contaminée. Elles nourrissent à leur tour les larves qui sont déjà polluées dans l’œuf. Le monde agricole, arboricole, viticole et le maraîchage sont en cause. Il y a quelques années, on pensait pouvoir travailler avec eux mais nous sommes perçus comme les empêcheurs de tourner en rond. Tous les insectes pollinisateurs sont en danger. Alors que l’apiculture est le premier maillon de la chaîne, nous sommes considérés comme les derniers. C’est logique dans la mesure où nous ne faisons pas travailler les lobbys.

C’est ce qui explique cette non prise de conscience des autorités ?

Ils se contentent de chiffres. Face à la mortalité, les apiculteurs réussissent à refaire les cheptels, donc sur le papier les chiffres sont stables. Comme pour une bouture, on prend des cadres d’œufs, du miel et les abeilles élèvent une reine. Elles se sentent très vite en danger et réagissent pour la survie. Le problème est que pendant que nous nous battons pour redonner vie à nos ruches, nous ne pouvons pas produire de miel qui est notre seule source de revenus. Je suis très pessimiste sur l’avenir de cette profession. Dans les années 80, j’ai acheté 20 ruches et à la fin de l’année, j’en avais 100. Comment ne pas incriminer les pesticides et insecticides. Ils sont là pour tuer et il est évident qu’à petit feu ces produits tuent les hommes également. S’il n’y a plus d’apiculteurs, il n’y a plus d’abeilles et sans elles et leur fonction de pollinisatrices, la race humaine est condamnée. Elles existent depuis 110 millions d’années et les hommes vont les faire disparaître en 50 ans.
 

"Nous voulons être pris au sérieux"

À force d’alerter sans être pris au sérieux, les apiculteurs n’ont plus que la solution de manifester pour attirer l’attention sur le problème de la mortalité des ruches. À l’appel de deux structures, le Groupement de défense sanitaire apicole (GDSA 17) et la Fédération apicole de Charente-Maritime qui représentent 250 adhérents, un regroupement est prévu lundi, à 10 heures.

Les professionnels ont choisi les locaux de la Direction départementale de la protection des personnes à laquelle ils reprochent de ne pas former ses inspecteurs sur le problème spécifique des abeilles. Parmi les autres revendications, ils demandent une modification du protocole d’intervention sur les mortalités. Autre gros point de mécontentement, les apiculteurs demandent à ce que leurs plaintes pour non-respect des traitements par pesticides soient mieux relayées.

"Actuellement, quand nous constatons une infraction d’agriculteur, personne ne se déplace. Ni les gendarmes, ni les huissiers, ni les élus, regrette Jean-François Prosper. Il faut plus de réactivité, des prélèvements d’échantillons et des visites de contrôle plus régulières."

Enfin, les apiculteurs demanderont à être indemnisés sur les mortalités aiguës et chroniques depuis la 1re interdiction du Gaucho en 1999. Les professionnels ont estimé leurs pertes à 156 400 euros par exploitation pour 19 ans de préjudices. « Aujourd’hui, on ne peut plus vivre de sa production de miel, reprend l’apiculteur de Beurlay. » Il y a 15 ans, la production totale de miel en France était de 40 000 tonnes, elle est aujourd’hui de 10 000 tonnes.

La manifestation se fera dans le calme mais les professionnels promettent une action symbolique et espèrent être reçus par la direction.